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Petite questionnaire me concernant

Publié le

Q: Combien de livres lisez-vous par an?

R: Ah ben ça dépend de ma forme. Mais bon, 'par an', ça permet de faire une moyenne. Disons, une bonne centaine quand même.


Q: Quel est le dernier livre que vous ayiez acheté?

R: Question difficile, puisque généralement je les achète par paquets de douze sur le web. Et puis, je lis indifféremment en français ou en anglais [3], et je lis aussi pas mal de bédés. Je vais donc tricher - un peu - et faire un choix parmi ces trois catégories:

• Livres en français: 'La Ballade de l'escalope viennoise', de George Tabori. Un auteur extraordinaire, à la vie riche à souhait, juif hongrois, qui a beaucoup écrit sur l'Holocauste, ses prémices et ses suites. (Il a même 'commis' une pièce intitulée 'Mein Kampf', c'est dire.) Presqu'introuvable en français ou en anglais, plus facilement en allemand; infernalement recommandé.

• Livres en anglais: 'The Adventure of English', de Melvyn Bragg. Dès que ça cause de langues, ça m'intéresse; dès que ça cause d'histoire, aussi; alors, quand ça cause des deux à la fois, je suis facilement preneur. Je ne connais pas encore l'auteur, mais les notes ont l'air bonnes, alors on verra.

• Bandes dessinées: 'Les idées noires, l'intégrale', par Franquin. Je sais, je sais - à mon âge, ça fait un peu retardataire, mais je les avais achetées et lues et prêtées il y a bien longtemps. Et on mes les a jamais rendues. Alors, comme j'estime qu'aucune bibliothèque digne de ce nom ne saurait ne pas les contenir, j'ai ressorti la Visa.

Q: Quel est le dernier livre que vous ayiez lu?

R: Trichons encore, voulez-vous? puisque c'est mon blog et que je fais comme je veux:
• Livres en français: 'Bar 2000', de Stefano Benni. Un ami m'a offert 'Baol', du même, pour Noël, et comme je suis un impulsif, et que je l'avais vraiment beaucoup aimé, j'en ai acheté quatre autres d'un coup. Bon, 'Bar' [Alain?] est un peu en-dessous de l'autre, mais c'est quand même très bien, et ne m'enlève aucunement l'envie de lire les trois autres dans ma pile 'inbox'.

• Livres en anglais: 'Lost for Words: the Use and Abuse of the English Language', de John Humphrys. Drôle, érudit, moqueur, ironique, langue de pute. Excellent, donc. Il démont(r)e dans ce livre à quel point la langue est maltraitée - volontairement le plus souvent, hélas. Le chapitre sur l'obscurcissement du sens pratiqué par les politiques est particulièrement refroidissant, et l'on peut sans autre l'appliquer à nos propres [4] politiciens.

• Bandes dessinées: 'In the Shadow of No Towers', de Art Spiegelman. Une déception. Grosse, mais grosse. Pour ceux qui connaissent 'Maus' (cf. infra), franchement, une bien mauvaise surprise. De la masturbation (même pas intellectuelle) pur sucre [5].

Q: Donnez cinq livres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement appréciés:

R: J'aimerais bien tricher encore un peu, parce cinq c'est vraiment trop peu, et que donc cinq par catégorie ça serait le vrai minimum, mais je n'ai pas que ça à foutre (hélas). Alors, choix difficile et cornélien et tout et tout (et sujet à révision périodique ou soudaine si un me revient qui m'échappe à l'instant):
• Langues: 'L'aventure des langues en Occident', de Henriette Walter. Si j'ai lu bien des livres sur les langues et leur histoire, celui-ci est celui que j'ai le plus offert. Un ouvrage quasi-miraculeux, puisqu'il réussit le tour de force (hélas rare) de vulgariser un sujet pourtant ardu sans tomber dans la facilité. Je me suis couché à cinq heures du matin parce que je ne pouvais pas me décider à dormir sans l'avoir fini. Ajoutons, malgré qu'il soit truffé d'erreurs (et quand je dis 'truffé', c'est au sens propre, et à 5'000 euros le kilo je serais millionnaire), 'The Mother Tongue' de Bill Bryson, ne serait-ce que pour son humour décapant.

• Histoire: 'Les croisades vues par les Arabes', de Amin Maalouf. Si vous vous demandez encore pourquoi l'utilisation par W du terme 'croisade' a choqué le monde arabe (et si vous trouvez que c'est un peu rose dans les programmes de notre Éducation Nationale), lisez ça. Et aussi, 'Léon l'Africain', du même.

• Biographie: 'Geography of the Heart: a Memoir', de Fenton Johnson. Autobio partielle recouvrant sa liaison avec un homme malade du sida. Il n'occulte rien, pas même ses envies de le lâcher comme une crotte quand la maladie devient trop présente. Je suis pas exactement une midinette, mais je chiale à chaque fois que je le lis. Texte superbe, écriture précise, histoire bouleversante. Ayant acheté ce livre complètement par hasard, je me dis que c'est bien vrai qu'il fait bien les choses. Dans les biographies/journaux intimes, romancés ou non, il faudrait ajouter 'Les mémoires de la Comtesse de Boigne'; le 'Journal' d'Anaïs Nin; les 'Mémoires' de Saint-Simon; 'Les champs d'honneur' de Jean Rouaud. Et d'autres, bien évidemment: ne serait-ce que 'Maus', de Spiegelman, équivalent graphique de 'Si c'est un homme' de Primo Levi (dont il ne faudrait surtout pas oublier 'Le système périodique').

• Roman: 'La petite marchande de prose', de Daniel Pennac. Vous allez me prendre pour un débile de sélectionner Pennac pour les romans, mais bon, lisez-le et si vous ne riez pas, faites-moi un procès. (Un conseil tout de même: ne le lisez pas si, comme moi, on vous l'offre à l'hôpital et que vous avez une soixantaine de points de suture au ventre.) Si vous êtes plus collet-monté, 'Le baiser au lépreux', de François Mauriac, une des plus poignantes histoires d'un auteur pourtant prolifique et considéré à tort comme misogyne et réac - tiens, sur la misogynie, lisez donc 'Thérèse Desqueyroux' et vous verrez que c'est un des premiers romans féministes jamais écrits. Évidemment, dans une catégorie 'romans', deux auteurs c'est un peu court. Mais il me faudrait vingt blogs rien que pour cette catégorie-là, alors je citerai juste encore 'Saga', de Tonino Benacquista, où l'on découvre bien avant l'heure ce qu'allait devenir la tévé (et avec une fin je vous dis que ça). '1275 âmes', de Jim Thompson, qui a donné 'Coup de torchon' avec Noiret, mais c'était mieux âvant. À peu près n'importe quoi de John Fante, tiens, au hasard: 'Wait until spring, Bandini'. 'American Gods', de Neil Gaiman (et le reste aussi est bien). Flûte, faut que je m'arrête, là, toute ma bibliothèque va y passer. Ah, tiens, non, finalement, à cause de ce satané Christian, faut que je rajoute Christian (!) Bobin, que j'ai découvert grâce à un ami et à 'Le Très-Bas'. Et il en a commis bien d'autres qu'il faudrait nommer, mais je vais arrêter de tricher.

• Graphic novel: 'V for Vendetta', de Alan Moore et David Lloyd. Sans nul doute la meilleure graphic novel que j'aie jamais lue (et la concurrence est vive, pourtant.) Moore est incapable de mal écrire, et le fait que la réalisation des épisodes se soit faite sur plusieurs années transparaît librement dans l'évolution du dessin de Lloyd. Formidable (au sens étymologique du mot) à tous points de vue. Devraient figurer aussi: 'Watchmen' du même Moore, associé à Gibbons, et le plus méconnu mais extraodinaire 'Pilules bleues' de Frédéric Peeters. Trichons encore [6] et ajoutons 'From Hell', toujours de Moore (associé à David Campbell), parce que c'est un chef-d'oeuvre (contrairement à la daube filmée qui en a résulté) qui propose sa vision de Jack l'Éventreur, tout en nous emberlificotant dans les méandres des francs-maçons, de la médecine victorienne et de la localisations des églises londoniennes de Christopher Wren (cf. ci-dessous).

• Livres d'art: 'Mur', de Andy Goldsworthy. Seigneur du 'land art', Goldsworthy donne généralement dans l'éphémère (et j'aime vraiment beaucoup). Mais parfois ses oeuvres sont plus permanentes, et celle-ci (un long mur de pierres sèches circulant sur deux berges d'un lac) est documentée avec précision et amour dans ce livre superbe. Il faudrait citer tous ses livres, mais quoi, vous n'avez qu'à les chercher vous-même. J'ajouterai 'Tadao Ando: Complete Works', de Francesco Dal Co - sur l'un des plus grands architectes contemporains (à l'opposé absolu d'un Daniel Libeskind, archétype de l'architecte à l'ego encore plus mal dimensionné que ses créations - mais je le méprise tellement qu'il faudrait que je lui dédie une note entière, beuh). Non seulement Ando est bien au-dessus du lot, mais il sait élever la création plutôt que le créateur. Il n'y a pas des masses de livres en français, mais je vous encourage à les découvrir. Enfin, parce que je suis aussi un vieux con passéiste, je suis tombé, en cherchant Ando, sur 'Places of Worship', de Waughan Hart, qui reprend trois exemples d'églises: la cathédrale Saint-Paul (Sir Christopher Wren, XVIIIe s.), l'église du Sacré-Coeur (Jose Pleznick, Prague, 1933) et les églises 'Sur l'eau' et 'De la lumière' (Tadao Ando, donc; 1988 et 1995). Très beau livre qui explore l'architecture sacrée à travers trois siècles et trois exemples ayant autant de différences que d'échos. Un seul regret cependant, qu'il n'ait pas inclus la fabuleuse 'Am Steinhof' (Otto Wagner, Vienne), mais personne n'est parfait. Un dernier, atypique, pour la route? 'New York's Forgotten Substations: The Power Behind The Subway', de Christopher Payne. Ah, bien sûr, ça parle des centrales électriques du métro new-yorkais, donc je suis relativement conscient que l'audience risque d'être un peu limitée (au sens du nombre, bien sûr; sinon, intelelctuellement, c'est l'élite). Mais on a trop souvent tendance à oublier que nos prédécesseurs attachaient autant d'importance à l'architecture des machines qu'à celle des bâtiments - voir aussi la salle des machines de pompage des égouts londoniens. Enfin, je dis ça, moi, hein.

Sciences (im)pures: 'The Moral Animal', de Robert Wright. On peut n'être pas d'accord avec son argument central - soit que nos gènes sont a-moraux (dans le sens où ils n'ont aucun intérêt à notre bonheur ou notre malheur, mais seulement à leur propre survie), et que nous sommes des handicapés vivant au XXIe siècles avec des gènes adaptés aux sociétés de chasseurs-cueilleurs d'il y a quelques milliers d'années. Il n'empêche que la démonstration qu'il en fait est séduisante, et le livre rendu plus intéressant encore par le fait qu'à chaque élément de sa théorie il associe un épisode de la vie de Darwin. Sinon, pour un survol d'expériences devenues des classiques de la recherche psychologique, on lira avec grand profit 'Opening Skinner's Box', de Lauren Slater. Elle y résume une dizaine d'expériences du XXe siècle, avec style, brio et accessibilité. Cela fait souvent froid dans le dos (l'expérience sur l'obéissance à l'autorité, par exemple, reprise dans le film 'I comme Icare', avec le Papet) mais c'est toujours fascinant.

Q: À qui passez-vous le relais et pourquoi?

R: À:
• Blaise, parce que petità) il n'y pas de raison qu'il ne s'y collât point, et pitibé) qu'avec toutes les conneries qu'il écrit, je voudrais bien savoir lesquelles il lit.

• Nico, parce qu'il a bon goût (la preuve: c'est un ami).

• Saana, parce que je viens de découvrir son blog et j'aimerais bien découvrir ses lectures.

Voilà. C'est-fi-ni [7].

Enfin, presque: puisque nous sommes sur la lecture, je ne peux pas ne pas citer Alberto Manguel et son superbement émouvant 'Une histoire de la lecture', dans lequel, alors qu'il a quatre ans et voyage en voiture, déchiffrant au passage les publicités au bord de la route, il a cette phrase: "J'étais le maître du monde: je savais lire." Si c'est pas beau, ça, hein, dites? [8]

__________

[1] Je dis ça, moi, c'est juste pour rester dans le ton de son blog, hein.

[2] Je n'ai pourtant aucune morale. Étonnant, non?

[3] À noter: dans les liens pour chaque bouquin, il est donné celui en v.o. pour les livres en anglais. Dans la plupart des cas, il devrait exister une traduction française, mais je ne me porte pas garant de la qualité de ladite traduction (et puis quoi encore?).
'Traduttore, tradittore', comme disent si bien nos amis transalpins.

[4] C'est une image.

[5] Entendons-nous bien: je n'ai rien personnellement contre la masturbation, à condition toutefois qu'elle soit a minima mutuelle. Là, c'est pas le cas.

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